Vingt-huit quartiers et secteurs de Conakry ont signé, ce samedi 24 octobre 2026, une déclaration publique d’abandon des mutilations génitales féminines (MGF) et du mariage d’enfants. L’initiative est portée par l’ONG TOSTAN Guinée avec le financement de l’UNICEF. La cérémonie s’est déroulée à Khabitaya, dans la commune de Matoto, en présence de l’inspectrice régionale de la Femme, de la Famille et des Solidarités.
Les représentants des communautés de sept communes de la capitale, notamment Matoto, Matam, Gbessia, Ratoma, Tombolia, Sonfonia et Lambanyi, ont pris cet engagement avec les responsables locaux, les leaders religieux et les acteurs de la protection de l’enfant.

Le président du Comité local pour la protection de l’enfant (CLPE) de Matoto, Mamadouba Camara, a réaffirmé leur volonté de contribuer à l’abandon définitif de ces pratiques.
« Soulignant qu’il n’existe aucune justification religieuse à la pratique de l’excision et du mariage des enfants ; rassurés de la mobilisation des populations de nos différentes communautés en faveur de l’abandon de ces pratiques, déterminés à ne ménager aucun effort pour mettre un terme définitif à cette pratique et toute forme de violence basée sur le genre; Déclarons solennellement et suivant le consensus communautaire partagé l’abandon définitif de la pratique de l’excision et du mariage des enfants dans nos communautés villageoises », a déclaré Mamadouba Camara.
Dans leur déclaration, les signataires reconnaissent que l’excision et le mariage d’enfants exposent les filles à des conséquences sanitaires et sociales importantes. Ils considèrent également ces pratiques comme des violations des droits des femmes et des enfants, ainsi que de leur intégrité physique.
Pour traduire leur décision en actions concrètes, les communautés signataires se sont engagées à protéger les filles contre l’excision et le mariage avant l’âge de 18 ans. Elles prévoient de dénoncer toute tentative de soumission à ces pratiques et de mettre en place des mécanismes de surveillance communautaire.
« Nous nous engageons à dénoncer toute tentative d’excision et/ou de mariage des enfants et des filles avant 18 ans, à travers un mécanisme de surveillance communautaire, à mettre en place la sécurité dans nos différentes communautés, appuyer toute synergie en faveur de la protection de l’enfant dans nos différents quartiers et secteurs, protéger 100% des filles non excisées et non mariées, », stipule la déclaration.
Les signataires promettent également de renforcer la scolarisation et le maintien des enfants à l’école, particulièrement des filles, de favoriser l’enregistrement des naissances et de contribuer aux campagnes de vaccination. Ils entendent aussi veiller à l’intégration de la protection de l’enfant dans les plans de développement local.
La déclaration rappelle les données de l’Enquête démographique et de santé (EDS) de 2018, qui indiquaient des taux de prévalence de 35,3 % pour l’excision et de 46 % pour le mariage d’enfants à Conakry.
L’inspectrice régionale de la Femme, de la Famille et des Solidarités a salué les engagements pris par ces communautés en faveur de l’abandon définitive de ces pratiques. Elle estime que cette déclaration publique est l’aboutissement d’un long processus de SD dialogue communautaire et de sensibilisation conduit avec l’appui du gouvernement à travers le département de tutelle, de l’UNICEF et de TOSTAN Guinée.
« En faisant ce choix, les communautés démontrent qu’il est possible de démontrer des valeurs positives de notre culture tout en garantissant la santé, la dignité, l’éducation et l’épanouissement de nos filles », a affirmé N’Fini SYLLA.
Elle ajoute que cette question est prise au sérieux par les autorités qui ne ménagent aucun effort pour éradiquer ces pratiques.
«Notre pays poursuit d’importants efforts pour accélérer l’élimination des mutilations génitales féminines conformément aux engagements du gouvernement, aux lois nationales et conventions internationales ratifiées par la Guinée. »
La Vice-maire de la commune de Matoto a représenté le maire, Moussa Diallo, a cette cérémonie. Au nom de son mandataire, Ramatoulaye Diallo a invité les autorités locales et les communautés de son ressort à prendre leurs responsabilités dans le suivi de cet engagement.
« Les chefs de quartiers et leaders religieux doivent continuer à sensibiliser. Les parents doivent protéger leurs enfants et les structures communautaires doivent poursuivre leurs efforts sur le terrain. Mais surtout, traduisons nos paroles en action sincère », a-t-elle lancé.
Pour le coordinateur du projet au sein de Tostan- Guinée, la cérémonie a permis aux familles, aux leaders religieux et aux acteurs communautaires de prendre des engagements solennels en faveur de l’abandon de ces pratiques.
« Ces engagements doivent être traduits dans les faits, dans tout ce que nous faisons sur le terrain, parce que, déjà, quand on parle d’engagement, il devient sacré. Et quand un engagement est sacré, nous devons vraiment faire en sorte que ça soit vraiment traduit sur le terrain », souligne Fodé CAMARA.
Le coordinateur du projet a précisé que le processus, engagé depuis 2024, se poursuivra avec la mise en place de comités de veille. Ces structures auront pour mission de vérifier si les engagements pris sont respectés et appliqués dans les communautés concernées.
« On ne va pas lâcher. On va être là aussi pour évaluer tout ce qui a été pris ici aujourd’hui comme engagement. Parce que le changement social, c’est un processus, c’est des étapes qu’il faut suivre. C’est ce qu’on est en train de faire maintenant. Avant d’arriver là, il y a eu des activités qui ont été menées sur le terrain, notamment les activités de sensibilisation par les structures de protection : les CGT, les clefs et aussi les agences de santé, les groupements féminins », a assuré Fodé CAMARA.
M. CAMARA rappelle que des activités de sensibilisation ont été menées en amont avec les structures de protection de l’enfant, les associations, les groupements féminins, les acteurs de la santé et les établissements scolaires.
Pour lui, la lutte contre l’excision et le mariage d’enfants nécessite une collaboration entre les écoles et les communautés. « Même aujourd’hui, avec cette mobilisation, il y avait évidemment les écoles qui ont été invitées, pour qu’elles puissent vraiment prendre part et voir comment le processus s’amène et les engagements qui ont été pris. Parce que l’école et la communauté doivent conjuguer le même mot, parce que la protection, c’est à tous les niveaux », a-t-il conclu.
SD Demba 666185011
