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Afrique de l’Ouest : le narcotrafic étend ses routes et diversifie ses marchés

Afrique de l’Ouest le narcotrafic étend ses routes et diversifie ses marchés

Des saisies de plusieurs tonnes de cocaïne aux interceptions de cannabis et de drogues de synthèse, l’Afrique de l’Ouest reste confrontée à des circuits de trafic qui relient l’Amérique latine, les côtes atlantiques africaines, le Sahel et les marchés européens. Les opérations recensées au Sénégal, au Nigéria, en Sierra Léone et au Mali, ainsi que les alertes régionales sur les opioïdes et les substances synthétiques, illustrent l’ampleur et la diversification du phénomène, a constaté APA.

Au Sénégal, les saisies successives de cocaïne mettent en évidence la persistance des flux transitant par les axes routiers et les zones frontalières. Le 15 juin 2026, les Douanes ont intercepté 970,6 kilogrammes de cocaïne sur l’axe Koumpentoum-Koungheul, à hauteur d’Ida Mouride. La marchandise, répartie en 844 plaquettes, était dissimulée dans un compartiment aménagé à l’intérieur d’un camion en provenance d’un pays voisin. Sa valeur était estimée à plus de 58,2 milliards de FCFA, soit environ 103 millions de dollars, selon les Douanes. Une enquête a été ouverte pour retracer la filière d’approvisionnement et identifier les responsables.

Cette opération s’inscrit dans une série d’interceptions importantes. En août 2025, 643 kilogrammes de cocaïne ont été saisis à Rufisque, suivis de 272,25 kilogrammes à Kalifourou, dans la région de Kolda, en septembre, puis de 115 kilogrammes au même poste frontalier en octobre. En novembre 2024, 235 kilogrammes avaient également été interceptés à Koungheul. Entre mars et novembre de cette année-là, les Douanes avaient saisi 2,114 tonnes de cocaïne sur le corridor Dakar-Kidira.

Les opérations se poursuivent sur d’autres axes. Le 23 septembre 2026, les Douanes ont saisi 1,5 kilogramme de cocaïne sur un passager de bus à proximité de Kénioto, sur l’axe Kédougou-Saraya. Quelques mois auparavant, le démantèlement d’un réseau présumé de trafic international à Dakar avait conduit à l’arrestation de cinq ressortissants nigérians et à la saisie de 81 grammes de cocaïne dans les secteurs de Grand Yoff, des Mamelles, de Ngor et des Almadies.

Le trafic de cannabis constitue un autre volet de la lutte antidrogue au Sénégal. Le 30 janvier 2026, la police a annoncé la saisie de 120 kilogrammes de chanvre indien sur la plage de Tripano, à Mbour, après un renseignement faisant état d’un débarquement imminent par pirogue. L’embarcation avait quitté les lieux avant l’arrivée des forces de l’ordre. Les investigations devaient permettre d’identifier les propriétaires de la cargaison et les membres de l’équipage.

En Casamance, une opération militaire a permis la saisie de six tonnes de cannabis en mai 2026, tandis que d’autres interventions ont concerné le haschisch, la MDMA et les médicaments détournés de leur usage. Ces affaires montrent que les services sénégalais sont confrontés à plusieurs catégories de produits et à des modes d’acheminement terrestres et maritimes.

Au Nigéria, les opérations de la National Drug Law Enforcement Agency (NDLEA) témoignent également de l’ampleur des flux. Le 9 mai 2026, les autorités ont découvert 2,326 tonnes de « Canadian Loud », une variété de cannabis à forte puissance, dans une villa du quartier de Lekki, à Lagos. Quatre jours plus tard, plus de 4,1 tonnes de la même substance ont été interceptées au port de Tincan Island. La cargaison, évaluée par les autorités à environ 7,6 millions de dollars, était dissimulée dans des véhicules importés du Canada et placés dans un conteneur maritime.

L’itinéraire du chargement illustre la dimension internationale du trafic : parti de Toronto le 28 mars 2026, le conteneur avait transité par le rail jusqu’à Montréal, puis par le port de Tanger Med, au Maroc, avant son arrivée à Lagos le 9 mai. L’opération a mobilisé les services antidrogue, les Douanes nigérianes et plusieurs partenaires internationaux, dont la Drug Enforcement Administration américaine et la Gendarmerie royale du Canada.

En août 2026, la NDLEA a par ailleurs annoncé avoir saisi plus de trois tonnes de drogues au cours d’une semaine d’opérations dans plusieurs États nigérians. Un homme de nationalité nigériane a notamment été arrêté à l’aéroport international d’Enugu après avoir ingéré 98 capsules de cocaïne pesant au total 1,51 kilogramme, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol vers l’Italie via Addis-Abeba et la France.

Les autorités nigérianes ont également fait état de condamnations de trafiquants et de destructions de stocks saisis. Ces opérations couvrent aussi bien les circuits d’importation maritime que le transport aérien, la distribution intérieure et les tentatives d’exportation.

La Sierra Léone apparaît, de son côté, dans les analyses consacrées aux routes maritimes reliant l’Afrique de l’Ouest à l’Europe. Une étude de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), publiée en juin 2026, s’est intéressée à la saisie de 30,2 tonnes de cocaïne à bord du cargo Arconian, intercepté le 1er mai par la Guardia Civil espagnole.

Selon cette étude, les enquêteurs estiment que la cargaison avait probablement été chargée en Sierra Leone avant son acheminement vers l’Europe. Le rapport décrit un dispositif reposant sur le stockage de cargaisons sur la côte ouest-africaine, leur transport à bord de cargos vers des zones maritimes éloignées, puis leur transfert sur des embarcations rapides destinées à rapprocher la drogue des marchés européens.

Les chercheurs ont identifié au moins huit voyages présentant des caractéristiques similaires entre 2024 et 2026. Certains navires auraient effectué des trajets entre Freetown et l’Afrique du Nord, avec de longues périodes d’attente en mer et des changements de pavillon. Le rapport évoque également des liens présumés entre certains navires étudiés et le réseau du trafiquant néerlandais Jos Leijdekkers, tout en précisant que certaines investigations sont encore en cours.

La Guinée-Bissau figure également dans les dossiers de trafic international, notamment à travers les procédures judiciaires et les opérations d’extradition. En avril 2025, quatre personnes soupçonnées de trafic de drogue ont été extradées vers les États-Unis. Cette affaire rappelle l’importance de la coopération judiciaire dans le traitement des réseaux opérant entre plusieurs juridictions.

Dans le Sahel, le trafic de cocaïne est également analysé sous l’angle des corridors terrestres et des économies criminelles. Un article consacré à l’axe Mali-Niger-Libye, publié en août 2026, examine les circuits de transit et les liens entre le commerce illicite, les réseaux criminels et les économies de guerre. Ces routes traversent des espaces où les capacités de contrôle des frontières, la présence de groupes armés et la circulation des marchandises constituent des enjeux sécuritaires majeurs.

Au Mali, les saisies concernent notamment le cannabis et la cocaïne. En mai 2025, 12 kilogrammes de cocaïne, évalués à 240 millions de FCFA, ont été interceptés à l’aéroport de Bamako. En avril 2026, une autre opération a permis la saisie de 82 boules de cannabis à Hèrèmakono, sur un axe frontalier reliant le Mali au Burkina Faso.

Au Burkina Faso, les opérations antidrogue comprennent également des saisies de substances synthétiques. En juin 2026, les services compétents ont annoncé la saisie et la destruction d’un lot d’amphétamines. Ces affaires s’ajoutent aux dossiers portant sur le cannabis, les médicaments détournés et les circuits transfrontaliers.

Au-delà des saisies, les marchés de drogues de synthèse représentent une préoccupation croissante. Dans une étude publiée en mars 2026, la GI-TOC décrit une transformation des marchés ouest-africains, marquée par la multiplication des opioïdes, des substances synthétiques et de nouveaux acteurs criminels. Le rapport souligne les difficultés rencontrées par les États pour adapter leurs dispositifs de contrôle et de santé publique à des produits dont la composition et les circuits de distribution évoluent rapidement.

La Cédéao a également alerté sur l’évolution de ces marchés. En juillet 2026, Daniel Amankwa, responsable des programmes de prévention et de contrôle des drogues au sein de l’organisation, a indiqué que les arrestations et les saisies liées à la cocaïne avaient doublé dans la région en 2024. Les premières indications disponibles suggéraient que cette tendance se poursuivait en 2025, même si les données n’étaient pas encore définitives.

Le responsable régional a notamment évoqué le détournement de médicaments et la circulation de comprimés de tramadol fortement dosés, dont certaines formulations atteindraient 200 à 500 milligrammes, contre 50 milligrammes pour le dosage habituellement cité. La Cédéao préconise une réponse associant prévention, éducation, application de la loi et accès aux soins pour les personnes souffrant de troubles liés à l’usage de drogues.

Les données internationales replacent ces phénomènes dans un contexte plus large. Le Rapport mondial sur les drogues 2025 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime que la production mondiale de cocaïne a atteint un niveau record de 3 665 tonnes en 2023. L’organisation décrit l’Afrique de l’Ouest comme une zone importante de transit vers l’Europe, tout en relevant une progression de la demande et des besoins de prise en charge sanitaire liés à la consommation.

Une étude de la GI-TOC publiée en septembre 2025 identifie notamment les infrastructures portuaires du Sénégal, de la Guinée-Bissau et de la Sierra Leone comme des points utilisés par les réseaux internationaux pour le stockage, la conteneurisation et la redistribution de cocaïne. Elle évoque des connexions entre des réseaux des Balkans occidentaux et le groupe criminel brésilien Primeiro Comando da Capital (PCC). L’étude estime que la part de la cocaïne consommée en Europe qui transiterait par l’Afrique de l’Ouest pourrait atteindre 50 % d’ici 2030. Il s’agit d’une projection de l’organisation, et non d’une proportion mesurée pour l’année en cours.

L’Afrique de l’Ouest est depuis plusieurs décennies une zone de transit pour des cargaisons de cocaïne provenant principalement d’Amérique latine et destinées notamment au marché européen. Les itinéraires maritimes, les axes routiers sahéliens et les frontières terrestres sont utilisés selon les produits et les réseaux. Les autorités nationales renforcent les saisies, les enquêtes et les coopérations internationales, tandis que les organismes régionaux et internationaux soulignent la nécessité de combiner répression du trafic, contrôle des flux financiers, prévention et prise en charge sanitaire. Les saisies recensées ne permettent toutefois pas, à elles seules, de mesurer le volume total du marché clandestin ni d’établir une tendance uniforme dans tous les pays de la région.

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