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Le DG de plumes inspirées sur la dépendance éditioriale

De la dépendance éditoriale à la souveraineté intellectuelle (Par Dr  Ousmane Soumaré) 

L’un des grands défis de l’édition africaine au cours des dix prochaines années sera de renforcer sa capacité à produire, financer, distribuer et diffuser ses propres contenus.

Nous avons des auteurs talentueux et des histoires extraordinaires. Nous avons des chercheurs, des enseignants, des historiens, des philosophes et des professionnels capables de produire des connaissances utiles au monde entier.

Pourtant, ces ressources ne trouvent pas toujours les structures, les financements et les circuits de distribution nécessaires pour atteindre leurs lecteurs.

Dans la majorité des cas, un auteur africain rencontre des difficultés pour faire publier son manuscrit, tandis qu’un éditeur peine à financer la fabrication de ses livres, à accéder aux marchés et à assurer la rentabilité de son activité.

Dans certains pays, les coûts d’impression, les difficultés d’approvisionnement en papier, la faiblesse des réseaux de librairies et les contraintes logistiques pèsent lourdement sur le prix final du livre.

À cela s’ajoutent les difficultés d’accès au financement, la fragilité des habitudes de lecture et l’insuffisance des achats institutionnels.

Nous devons regarder ces réalités en face.

Le problème du livre en Afrique n’est pas seulement un problème de lecteurs. C’est aussi un problème de production, de financement, de distribution et de politique publique.

Nous ne pouvons pas demander aux populations de lire davantage si les livres restent financièrement inaccessibles. Nous ne pouvons pas demander aux éditeurs de prendre des risques si les mécanismes de financement sont inexistants. Nous ne pouvons pas demander aux auteurs de produire davantage si leur travail ne leur permet pas de vivre dignement.

Il faut donc changer d’échelle et au cours de la prochaine décennie, nous devons bâtir des maisons d’édition africaines plus solides, des imprimeries plus performantes, des librairies mieux structurées et des réseaux de distribution capables de relier les capitales aux villes secondaires, les villes aux villages et les marchés nationaux aux marchés internationaux.

Nous devons également encourager les partenariats entre éditeurs africains, faciliter la circulation des droits d’auteur et développer la coédition entre pays.

Pourquoi un livre publié en Guinée devrait-il rencontrer autant de difficultés pour atteindre un lecteur au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Cameroun ou au Maroc ?

Pourquoi un auteur africain doit-il parfois trouver plus facilement un public en Europe que dans les pays voisins du sien ?

Ces questions révèlent un chantier immense : celui de l’intégration des marchés africains du livre.

L’avenir exige que nous dépassions les frontières administratives pour construire des espaces de circulation des œuvres, des idées et des compétences.

La souveraineté intellectuelle ne signifie pas que nous devons nous fermer au reste du monde mais plutôt être capables de contribuer aux échanges mondiaux à partir de nos propres forces, de nos propres créations et de nos propres connaissances.

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