En Guinée, on demande inlassablement aux journalistes de faire preuve de professionnalisme, surtout à l’approche des campagnes électorales.
On leur rappelle leur devoir d’objectivité, de rigueur et de responsabilité dans le traitement de l’information. Pourtant, dans le même temps, ce ne sont pas eux qui bénéficient des opportunités de renforcement de capacités, mais plutôt les communicants. Plus d’une dizaine d’entre eux s’apprêtent ainsi à s’envoler pour Istanbul afin de suivre une formation. Une situation pour le moins incompréhensible. Car soyons honnêtes : s’il y a une catégorie qui mérite et qui a besoin en priorité de telles opportunités, ce sont bien les journalistes.
Le journaliste est, par essence, le gardien de l’information crédible, celui qui éclaire le citoyen, qui lui permet de comprendre son environnement, de faire des choix éclairés et de participer pleinement à la vie démocratique. Sans un journalisme fort et indépendant, il ne peut y avoir ni démocratie véritable ni développement équilibré. Le rôle du journaliste est au cœur du pacte social, car une société qui ne reçoit pas une information fiable est une société vulnérable, manipulable et condamnée aux dérives.
Pourtant, chez nous, les journalistes sont relégués aux marges de la reconnaissance et du soutien institutionnel. Non pas parce qu’ils manquent de compétences, mais parce qu’ils refusent de réduire leur métier à une simple activité de propagande. Leur tort, si l’on peut parler ainsi, est de ne pas consacrer leurs journées à chanter le nom d’un individu, quel qu’il soit. C’est ce choix d’indépendance , pourtant essentiel à la démocratie, qui les place en permanence au bas de l’échelle. Voilà la triste réalité à laquelle nous faisons face.
Ce mépris quasi institutionnalisé à l’égard de la presse fragilise nos fondations démocratiques. On ne peut pas construire un État solide en affaiblissant ceux qui portent la voix du peuple et éclairent l’opinion publique. Valoriser les journalistes, investir dans leur formation et leur offrir des moyens adéquats pour exercer leur mission n’est pas un luxe, c’est une nécessité nationale. C’est aussi un impératif moral et politique si l’on veut bâtir une Guinée où le citoyen est au centre des préoccupations.
Il est donc temps de rompre avec cette logique à contre-sens. Former les communicants peut avoir son utilité, mais cela ne doit pas se faire au détriment des journalistes. Car sans une presse forte, formée et respectée, la démocratie guinéenne restera inachevée, fragile et menacée.
Les journalistes guinéens ne doivent plus être les oubliés de la République. Leur mission dépasse les intérêts partisans et les calculs politiques . Elle engage l’avenir même de notre pays. Leur redonner la place qu’ils méritent, c’est donner à la Guinée une chance réelle de bâtir un avenir démocratique et prospère.