Le ministre guinéen des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Morissanda Kouyaté, a convié les chefs de missions diplomatiques accrédités en Guinée à une réunion d’échanges prévue jeudi au siège de son département, dans un contexte marqué par les opérations de sécurisation des sites aurifères de Siguiri et leurs répercussions sur les ressortissants étrangers.
Annoncée dans un communiqué officiel daté du 5 novembre 2026, cette rencontre doit porter sur des questions d’intérêt commun et le renforcement des relations de coopération entre la Guinée et ses partenaires internationaux.
Le ministère n’a toutefois pas précisé les sujets qui seront abordés ni établi de lien explicite entre cette réunion et les départs de travailleurs étrangers de la région de Siguiri.
Cette convocation intervient alors que les opérations engagées par les autorités guinéennes contre l’exploitation anarchique de l’or ont provoqué le départ de plusieurs milliers de travailleurs étrangers, notamment des ressortissants burkinabè, selon les autorités de Ouagadougou.
Dans un communiqué conjoint publié le 2 novembre, cinq membres du gouvernement guinéen, dont le ministre des Mines et de la Géologie, Bouna Sylla, ont annoncé l’interdiction de l’exploitation anarchique de l’or dans la région administrative de Siguiri, dans le nord-est du pays.
Les autorités ont justifié cette décision par la dégradation de l’environnement, la destruction des terres agricoles et la pollution de cours d’eau, notamment le fleuve Niger, le Djoliba et le Tinkisso. Elles ont également annoncé le déploiement permanent des forces de défense et de sécurité, ainsi que des contrôles sur les axes routiers et fluviaux et aux points d’entrée de la région.
Les mesures prévoient notamment la vérification de l’identité et de la régularité du séjour des personnes présentes sur les sites miniers. Les étrangers en situation irrégulière doivent faire l’objet des procédures prévues par la législation guinéenne.
La décision guinéenne a entraîné une mobilisation des autorités burkinabè pour organiser le retour de leurs ressortissants. Le ministre burkinabè de la Sécurité, le commissaire divisionnaire de police Mahamadou Sana, s’est rendu mercredi 4 novembre à Bamako, où il a été reçu par son homologue malien, le général de division Daoud Aly Mohammedine.
Mandaté par le président Ibrahim Traoré, il a échangé avec les autorités maliennes sur les conditions de prise en charge des orpailleurs burkinabè arrivés au Mali après avoir quitté la Guinée, ainsi que sur les modalités de leur retour sécurisé au Burkina Faso. Il a salué l’accueil réservé à ses compatriotes par les autorités maliennes.
Le ministre burkinabè a également déploré l’absence d’information préalable des autorités de son pays sur les opérations guinéennes et fait état de blessés parmi les ressortissants concernés, certains présentant, selon ses déclarations rapportées par la presse burkinabè, des blessures par balles.
Pour faciliter leur retour, Ouagadougou a mobilisé des moyens de transport. Le ministre Mahamadou Sana a notamment annoncé la mise à disposition d’une centaine de bus, dont une cinquantaine étaient déjà en route vers le Mali, selon l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP).
Les autorités burkinabè ont appelé leurs populations au calme et à la retenue, tout en affirmant vouloir organiser le retour de leurs ressortissants dans « la dignité et la décence ».
Le gouvernement guinéen assure, pour sa part, que les mesures prises à Siguiri ne remettent pas en cause l’importance du secteur aurifère dans l’économie nationale, mais visent à protéger les populations, préserver l’environnement et soumettre l’exploitation des ressources minières au respect de la législation.
En 2024, la Guinée avait produit 72 tonnes d’or, dont 70 % provenaient de l’exploitation artisanale, selon les chiffres précédemment communiqués par le ministre Bouna Sylla. Conakry entend progressivement développer les activités semi-industrielles et industrielles et renforcer le contrôle de la production aurifère.
La réunion diplomatique convoquée par Morissanda Kouyaté intervient ainsi au moment où les mesures de régulation de l’exploitation aurifère à Siguiri ont des répercussions au-delà des frontières guinéennes, mobilisant notamment le Burkina Faso et le Mali autour de la prise en charge et du retour des travailleurs concernés.
