Les dernières nouvelles
Un migrant guinéen au Maroc raconte son calvaire

Un migrant guinéen au Maroc narre sa mésaventure : « Je suis entré quatre fois en Espagne, on m’a renvoyé »

Après quatre tentatives infructueuses d’entrer en Espagne, un jeune guinéen raconte sa traversée depuis 2023. Originaire de Koïn dans la préfecture de Tougué, il a passé plusieurs mois à la frontière marocaine dans l’espoir de rejoindre l’Espagne. Il préfère que nous l’appelions Bob Swaiggeur, le nom de son profil sur les réseaux sociaux.

L’aventure commence en 2023, quand le jeune homme quitte la Guinée, traverse le Mali puis l’Algérie, avant d’atteindre le Maroc, où il séjourne actuellement.

« En 2023, j’ai quitté la Guinée pour venir au Maroc. Je suis passé par le Mali, l’Algérie, après au Maroc ici. J’ai fait à Bors six jours comme ça. J’ai quitté là-bas, je suis venu à Riguen. Les soldats connaissent là-bas. J’ai été rapide quand même en cours de route, mais ça n’a pas été facile. »

Le projet n’est pourtant pas né seul. Il devait initialement sortir du pays avec d’autres amis, qui ont finalement lâché l’affaire.

« J’étais seul. En Guinée, j’avais trois amis. On avait décidé de quitter là-bas pour venir au Maroc. Mais, au final, ils n’étaient pas au sérieux. Moi, j’ai décidé de venir seul. Quand j’ai bougé de la Guinée seul, je suis venu jusqu’au Maroc. J’ai rencontré quand même des amis sur la route. »

De toutes les étapes du trajet, l’Algérie occupe une place particulière dans son histoire. Dans ce pays d’Afrique du Nord, la présence policière rythme le quotidien des exilés subsahariens. Notre interlocuteur n’en pouvait plus.

« En Algérie, il y a la police, qui ne nous laisse pas tranquille. Nous les subsahariens, on ne cherche même pas de papiers en Algérie. Donc à chaque fois, il y a des dérangements de la police. Chaque week-end, la police venait nous poursuivre. Quand ils t’attrapent, ils t’amènent directement au Niger. Et au Niger, c’est très dur, je ne peux même pas expliquer. »

La mentalité forgée dès son départ de la Guinée était de traverser vers l’Europe dès son arrivée au Maroc. Les réalités du terrain lui montrent cependant autre chose.

« Quand je bougeais en Guinée, c’était avec la mentalité d’aller directement en Europe. Donc, si la police vient nous chercher au front, elle nous attrape, parfois et nous frappe. On a surmonté tout. On est venu au Maroc ici. On pensait que ça allait être plus facile, mais ce n’est pas le cas. On peut vivre ici, mais, pour aller en Europe quand même, ce n’est pas facile. La motivation que j’avais auparavant commence à s’enliser Mais quand même, j’ai toujours un petit espoir qu’un jour, je vais rentrer. »

Notre interlocuteur affirme être entré en territoire espagnol à quatre reprises, sans jamais atteindre le lieu où l’on accueille les immigrés, ce qu’il appelle le « campos ».

« Je ne peux pas dire tout le monde, mais beaucoup de personnes me connaissent à la frontière. Je suis rentré quatre fois en Espagne, on m’a fait sortir. Parce que je n’ai pas atteint le campos. À chaque fois qu’on m’emmenait au refoulement, je me décidais, je ne veux plus repartir au pays. Quand je viens à la maison, je me repose. Je parle avec ma mère. Je réfléchis, je dis non, il faut que je continue. Quand on me fait descendre, j’ai la rage, je suis fâché contre moi-même. Je dis peut-être que tu me maudis, je ne sais pas. »

Durant son séjour à la frontière marocaine, naît en lui l’activité de vidéaste improvisé. Sur les plateformes sociales sur lesquelles nous l’avons d’ailleurs connu, on retrouve des vidéos de personnes qui tentent de rejoindre l’Espagne. Sur des profils comme le sien, on peut voir des astuces pour passer les grillages sans se faire repérer par la police. Une activité que Bob regrette.

« Avant, je ne faisais pas de vidéos. Mais c’est tout récemment que j’ai commencé à publier ces vidéos. J’ai été au front, j’ai vécu les événements. Bon, c’est moi-même qui les a filmées. Mais je trouve que c’est une erreur de publier les vidéos à la frontière, parce que ça nous a amené là où on ne devrait pas être. Maintenant, si tu vois, la frontière est plus sécurisée, c’est à cause des vidéos qu’on publie. Je regrette, mais c’est déjà parti, je ne peux rien faire. »

À cette évolution s’ajoute un facteur plus récent encore : le lancement d’opérations de rapatriement pour les personnes interpellées à la frontière.

« Tout récemment, là, ils ont commencé le rapatriement. Quand on attrape à la frontière, on t’amène directement au pays. Donc, pour l’instant, je ne suis pas prêt pour rentrer au pays. »

Add your comment

Avis, témoignages et commentaires sont les bienvenues. Cette page est pour vous.
Nous vous prions d'être courtois.
N'envoyez pas de message ayant un ton agressif ou insultant.
Pas de messages répétitifs, ou de hors sujets.
Attaques personnelles. Vous pouvez critiquer une idée, mais pas d'attaques personnelles SVP. Ceci inclut tout message à contenu diffamatoire, vulgaire, violent, ne respectant pas la vie privée, sexuel ou en violation avec la loi. Ces messages seront supprimés.
Pas de publicité. Ce forum n'est pas un espace publicitaire gratuit.
Pas de majuscules. Tout message inscrit entièrement en majuscule sera supprimé.

Auteur