Le 28 septembre 1958 reste une date fondatrice de la souveraineté guinéenne. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle propose aux colonies d’Afrique-Occidentale française (AOF) et d’Afrique-Équatoriale française (AEF) un référendum portant sur leur adhésion à la Communauté franco-africaine ou leur accession immédiate à l’indépendance.
Soixante-huit ans après, les témoins directs de cette époque se font rares. Ils sont aujourd’hui les dernières bibliothèques vivantes de cette histoire. Parmi eux figure Elhadj Madifing Diané, ancien ministre de la Sécurité et ex-gouverneur de Labé, qui a vécu ces événements et porte encore la mémoire de ce combat.
À l’approche du 68e anniversaire de l’indépendance de la Guinée, Elhadj Madifing Diané est revenu sur les coulisses du vote historique du 28 septembre 1958, qui a ouvert la voie à la proclamation de l’indépendance, le 2 octobre. Un témoignage qui remet en lumière, selon lui, les raisons du « Non » guinéen.
L’ancien gouverneur rappelle que la proposition du général de Gaulle est intervenue dans le contexte des conséquences de la Seconde Guerre mondiale.« Ce sont les conséquences de la Seconde Guerre mondiale qui ont amené le Général Charles de Gaulle à faire une proposition aux Africains qui les avaient accompagnés durant ce conflit. La France n’avait pas d’alternative ; elle venait de connaître la domination de 1939 à 1945. Nous (la Guinée) avons subi 60 ans de domination française, de 1898 à 1958. Après nous avoir occupés par la force, la France a pensé qu’elle pouvait nous dominer par la collaboration. Cette coopération n’était qu’une autre forme de colonisation, le néocolonialisme », a-t-il souligné.
À cette époque, le fait le plus marquant, selon Elhadj Madifing Diané, est qu’une seule colonie de l’Afrique française avait osé dire « Non ».
« Sur l’ensemble des territoires de l’AOF et de l’AEF, seule la Guinée a voté Non le dimanche 28 septembre 1958. C’est pour cela que je dis que le 2 octobre est une fierté et un honneur majeurs pour la Guinée », a-t-il déclaré, avant de rappeler que ce « Non » n’est pas resté sans conséquence immédiate.
« Les conséquences dans les cinq jours qui ont suivi ont été marquées par une forte déception, voire de la colère du côté français. Nos administrations coloniales de l’époque ont été vidées et saccagées. La Guinée n’a donc rien hérité de cette colonisation sur le plan administratif », a indiqué l’ancien administrateur.
Poursuivant son témoignage, notre interlocuteur insiste sur le fait que le « Non » a été, selon lui, un vote porté par l’ensemble du peuple guinéen, y compris dans le Fouta, souvent accusé d’avoir voté « Oui ».
« Le BAG et la Démocratie Socialiste de Barry III se sont autodissous pour former un seul parti : le PRA. Le PRA n’a pas eu d’autre alternative que d’accompagner le PDG pour préparer la population à voter Non. Le Fouta a voté à plus de 52 ou 53 % pour le Non. Et, le 2 octobre 1958, la Guinée accéda à son indépendance », a témoigné Elhadj Madifing Diané.
En prélude à la célébration de cette date historique, le week-end dernier a été marqué par une journée nationale d’assainissement organisée par les autorités guinéennes. L’opération s’est déroulée de Conakry à l’intérieur du pays, avec pour objectif d’assainir les quartiers et les lieux publics.
