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Ibrahima Sory II Tounkara, ministre de la Justice

Conakry: Ibrahima Sory II Tounkara officiellement installé dans ses fonctions de ministre de la Justice et des Droits de l’Homme

Le nouveau ministre de la Justice a été officiellement installé dans ses fonctions ce mercredi 4 février. La cérémonie de passation de service entre Ibrahima Sory II Tounkara et son prédécesseur, Yaya Kaïraba Kaba, s’est déroulée à la chancellerie de Kaloum, sous la présidence du ministre secrétaire général du Gouvernement, Tamba Benoit Kamano.

Dans son discours, le nouveau garde des Sceaux a exposé sa vision d’une justice guinéenne plus humaine, crédible et respectueuse des droits de l’homme, tout en réaffirmant sa volonté de mener des réformes structurelles au service de l’État de droit et de la Cinquième République. 

Discours de prise de fonction du garde des sceaux, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme

Monsieur le Ministre Secrétaire général à la Présidence de la République,

Monsieur le Ministre Directeur de Cabinet de la Présidence de la République,

Monsieur le Secrétaire général du Gouvernement,

Madame la Secrétaire générale du Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme,

Mesdames et Messieurs les membres du Cabinet,

Honorables Magistrats du siège et du parquet,

Monsieur le Président de l’Association des Greffiers de Guinée

Monsieur le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats,

Mesdames et Messieurs les représentants des chambres professionnelles des huissiers, notaires, commissaires-priseurs et greffiers,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

En cet instant solennel, où la République se regarde elle-même à travers l’une de ses fonctions les plus nobles, les plus sensibles et les plus exigeantes, je m’incline d’abord devant ALLAH, le Très-Haut, Maître du temps et des destinées, source ultime de toute justice, de toute vérité et de toute équité. C’est par Sa volonté que l’homme est appelé à servir plus grand que lui. C’est par Sa sagesse que la Justice n’est jamais seulement une règle, mais une conscience en action, une exigence morale, une responsabilité devant l’Histoire.

Je rends ensuite un hommage empreint de respect et d’émotion à mes parents biologiques, dont l’éducation, les sacrifices silencieux et l’héritage moral ont façonné en moi le sens du devoir, le respect de l’autorité et l’amour du bien commun. Leur enseignement demeure le socle invisible de mon engagement public. [Annotation : Également à mon épouse et mes filles pour leur soutien sans failles]

Je mesure pleinement la portée de la confiance que m’accorde Son Excellence Monsieur MAMADI DOUMBOUYA, Président de la République, en me confiant la charge de premier Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme de la Cinquième République. Cette confiance est un mandat républicain, un serment tacite fait à la Nation, et une obligation de loyauté, de rigueur et de résultats.

J’exprime également ma reconnaissance à Monsieur AMADOU OURY BAH, Premier Ministre, Chef du Gouvernement, pour son leadership, sa vision d’ensemble et son attachement à la cohérence de l’action publique, sans laquelle aucune réforme structurelle ne saurait prospérer.

Je tiens à saluer avec une déférence particulière Monsieur Yaya Kaïraba Kaba, mon prédécesseur, éminent magistrat, dont la trajectoire professionnelle force le respect et dont l’action a profondément marqué l’appareil judiciaire guinéen. À cet instant précis la mémoire collective garde en lui, avoir laissé à la Justice guinéenne un héritage fait de rigueur, de dignité institutionnelle, et de fidélité aux principes de l’État de droit. La République lui en est reconnaissante car la Justice ne se construit jamais dans la rupture aveugle, mais dans la continuité responsable, l’amélioration constante et la transmission des valeurs. Merci d’avoir contribué à l’épanouissement du magistrat que je suis : merci d’avoir servi la justice pendant toutes ces années en un mot merci d’avoir servi la Guinée.

Mesdames et Messieurs,

La Justice est le pilier silencieux de la République.

Lorsqu’elle est forte, la Nation est stable.

Lorsqu’elle est crédible, l’État est respecté.

Lorsqu’elle est humaine, le peuple est réconcilié avec ses institutions.

La Justice n’est ni vengeance, ni complaisance.

Elle est équilibre, mesure, autorité légitime.

C’est pourquoi je m’engage solennellement à respecter scrupuleusement la hiérarchie institutionnelle, à inscrire mon action dans la discipline gouvernementale, et à faire du Ministère de la Justice une administration exemplaire, lisible et responsable.

Mesdames et Messieurs

La Cinquième République nous impose une lucidité courageuse. Notre système judiciaire souffre encore de failles structurelles profondes :

Le surpeuplement carcéral Il demeure l’un des défis les plus graves, résultant principalement : du non-respect des délais légaux de traitement des procédures, du recours excessif à la détention provisoire, de l’insuffisante mise en œuvre des alternatives légales à l’emprisonnement.

La lenteur de la justice Une justice lente est une justice perçue comme injuste. Elle fragilise la confiance des citoyens et nourrit le sentiment d’arbitraire. Les insuffisances en formation L’évolution du droit, la complexité des contentieux modernes et les exigences internationales imposent une montée en compétence permanente des acteurs judiciaires.

Les déficits infrastructurels Des juridictions inadaptées, des établissements pénitentiaires surchargés, des moyens logistiques insuffisants compromettent la dignité humaine et l’efficacité judiciaire.

5. Le déficit de cohésion institutionnelle

La Justice est une chaîne. Lorsqu’un maillon faiblit, c’est l’ensemble qui vacille. Face à ces défis, mon action s’articulera autour de cinq engagements structurants :

Premier engagement : une politique pénale responsable et humaine

Respect strict des délais légaux.

Réduction raisonnée de la détention provisoire.

Amélioration des conditions de détention.

Modernisation de la gestion pénitentiaire.

Troisième engagement : la formation comme levier de transformation

Renforcement de la formation initiale.

Institutionnalisation de la formation continue.

Valorisation de l’éthique, de la déontologie et des droits de l’homme.

Quatrième engagement : les droits de l’homme comme boussole

Protection effective des libertés fondamentales.

Accès équitable à la justice.

Prévention des violations des droits de l’homme

Toujours dans le cadre des Droits de l’Homme, sachons que la justice guinéenne, à tort ou à raison, est, nous le savons tous, décriée et cataloguée. Il nous revient à nous les acteurs d’inverser cette tendance dans le but de l’instauration d’une véritable justice respectueuse des droits de l’homme.

Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice qui consacre le droit d’être jugé publiquement, dans un délai raisonnable et par un tribunal indépendant et impartial ;

Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice qui repose sur la présomption d’innocence jusqu’à l’établissement légal de la culpabilité ;

Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice dans laquelle le droit à un avocat et le droit au contradictoire sont garantis ;

Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice dans laquelle le principe d’égalité de tous est garanti.

Une justice respectueuse des droits de l’homme c’est cette justice au niveau de laquelle le droit au recours est effectif.

Cinquième engagement : infrastructures, modernisation et cohésion

Réhabilitation des juridictions.

Digitalisation progressive des procédures.

Gouvernance judiciaire fondée sur le dialogue et la responsabilité partagée.

Mesdames et Messieurs,

Aucune réforme ne réussira sans une prise de conscience collective, proactive et courageuse.

J’en appelle aux magistrats, aux greffiers, aux avocats, aux huissiers de justice, aux notaires, aux commissaires-priseurs, aux officiers de police judiciaire aux personnels administratifs, et aux partenaires institutionnels, pour bâtir ensemble une Justice intègre, performante et respectée.

La Justice n’appartient pas à un homme. Elle appartient à la République. Elle appartient au peuple.

Mesdames et messieurs

En ce jour solennel, je prends l’engagement irrévocable de servir la Justice guinéenne avec humilité, fermeté, loyauté institutionnelle et fidélité absolue aux valeurs républicaines. Je sais que la tâche est immense mais je crois en la force du collectif. Je crois en la capacité de la Guinée à se doter d’une Justice crédible, humaine et moderne, à la hauteur des espérances de son peuple et des exigences de son temps.

Mesdames et messieurs

En ce jour de passation, je prends l’engagement ferme de servir la Justice avec humilité, rigueur, courage et fidélité aux principes républicains. Je mesure l’ampleur de la tâche et je demeure convaincu que la Guinée peut et doit se doter d’une justice plus crédible, humaine, efficace et respectée.

Que bénisse la Guinée.

Que Dieu bénisse sa Justice.

Que Dieu bénisse chacun de ses serviteurs loyaux.

Je vous remercie.

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