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Récit déchirant d'une victime de mariage forcé et précoce à l'âge de 12 et 16 ans en Guinée

Récit déchirant de Fatou, mariée de force à l’âge de 12 et 16 ans :« Après m’avoir violée, il me battait. Je souffre. Mon mental est affecté»

Elle n’avait que douze quand ses parents l’ont donnée en mariage à un de ses cousins âgé de 26 ans. Elève en classe de 6e à l’époque, Fatou, nom que nous avons emprunté pour garder son anonymat, a vécu l’enfer sur terre. Voile au visage, avec une voix qui tremblote, Fatou déballe son cauchemar à guineesouverain.

Un mariage d’enfer

Fatou vivait hors de la Guinée. Mais son père l’oblige à rentrer au pays pour se marier à un de ses cousins qui était deux fois plus âgé qu’elle. C’est l’enfer.

« A l’âge de douze ans, j’étais encore au primaire. Mes parents m’ont dit de rentrer au pays pour le mariage. Je ne pouvais pas discuter avec mes parents. Je suis beaucoup plus soumise à mon papa. Je suis immédiatement rentrée… Le mariage n’a duré que cinq mois. Mais les cinq mois, c’était l’enfer. Je pouvais faire trois semaines sans aller à aller. Alors que je cherchais mon examen d’entrée en 7e Année. J’ai voulu rester, respecter la parole de mon père jusqu’à ce qu’il me batte. Le jour où il m’a battue, c’était un vendredi. Je suis allée à l’école. J’ai attaché mon pagne pour ne pas qu’on voit les blessures…. J’ai demandé mon extrait, vu que mon maître avait confiance en moi, je suis allée en ville. J’ai fui. Je suis allée à Labé. J’ai fait une semaine au marché. Je dormais sur les tables. J’ai mes parents là-bas. Mais je n’osais pas aller me présenter vu que tout le monde était à ma recherche. On voulait même m’embaucher pour être domestique. Je n’avais rien à manger. La dame avec qui j’étais, m’a demandé d’appeler mon papa. Je l’ai appelé. Ils m’ont localisée. Mon oncle est venu me chercher. Je suis rentrée. On a discuté. Le divorce a eu lieu », conte cette victime de mariage forcé et précoce au micro de guineesouverain.com.

Fin d’un calvaire et début d’un autre

Après avoir divorcé avec son premier mari, notre Fatou pensait que son calvaire était fini. Ses parents récidivent et la donne à un deuxième mariage alors qu’elle est toujours mineure.

« A 16 ans encore, on me donne à un deuxième mariage. C’était le même calvaire. Mais lui, il ne m’a pas obligée. Il connaissait déjà mon passé. Il savait que j’avais déjà fait un premier mariage. Lui a juré de ne pas m’obliger. Mais vu que dans ma tête, je n’étais pas prête, je visais la classe de 9e Année, je me suis dit qu’à après le BAC, je vivrais avec un homme, si non, je ne pouvais pas. Mais le premier mariage, quand l’homme a abusé de moi, c’était douloureux. Rien de pouvait passer. C’était stressant. Lui, il est en forme. Il est âgé. Quand il a insisté, je pleurais. Je lui disais, c’est bon. Ça fait mal. Quand je me rappelle, le jour où il a forcé, je pleurais. Je disais ‘‘arrête, ça fit mal’’. Il a fait ce qu’il a fait. Et le matin, je ne pouvais pas marcher. Je suis restée comme ça. Après la blessure, j’ai surmonté, jusqu’à est ce qu’il me batte. Même après m’avoir violée, je suis restée. Mais il me battait. Je suis partie. Le divorce a eu lieu », témoigne-t-elle dans une émotion teintée de douleur.

Des séquelles qui brisent les relations

Aujourd’hui, Fatou a 22 ans (en 2026) et elle est étudiante. Mais le traumatisme qu’elle a vécu la hante encore. A chaque fois qu’elle a voulu démarrer une relation avec un homme, elle n’a pas pu : « Ces temps ci, quand les hommes me touchent, j’ai l’impression que c’est du feu qui est sur ma peau. On s’entend jusqu’à est ce qu’ils m’approchent (les hommes) ou qu’on se retrouve dans une maison. La maison devient petite pour moi. Je commence à crier, à m’agiter. Les injures sortent. Je ne supporte pas. Je ne veux pas qu’on me touche. Donc, après mes divorces, quand mes camarades me touchent lors qu’on joue, je ne sens rien. C’est comme un robot. Les jeunes viennent vers moi. ”Tu es jolie. Je veux qu’on soit ensemble”. On cause. Mais, ça s’arrête là. Je ne ressens rien, aucun plaisir, rien du tout. C’est resté comme ça.  C’est quand j’ai eu mes 19 ans, je ne me suis pas isolée. Je ne suis pas restée dans mon coin. J’ai dit, je vais m’affirmer, parler, jusqu’à ce que je surmonte cela. »

Victime, et voix des sans voix

Fatou a bravé tous les fardeaux qui ont pesé sur elle. Aujourd’hui, elle est étudiante en première année dans une institution d’enseignement supérieur à Conakry. Elle veut être une figure de proue pour le combat contre les violences basées sur le genre.

« … Je veux m’affirmer. Je peux conseiller ces femmes qui sont dans la même situation que moi.  Je souffre. Mon mental est affecté. Je dépéris. J’étais en forme. Mais je suis chronique comme ça. Mon mental est touché. Je ne dors pas. Je pleure chaque jour. Mais quand je suis en société, je ris pour faire passer cela. Si non, honnêtement, ça ne va pas jusque-là. Mais je surmonte », nous dit-elle.

Perspective d’un nouveau mariage. Mais,

Lorsqu’on lui demande si un jour, elle voudrait se lancer dans une nouvelle relation de mariage, Fatou répond : « Oui, je le pense. Vu qu’actuellement, mon corps réclame des envies. Donc, j’estime un jour aimer un homme. Si l’homme en question m’aide à oublier le passé, m’épauler, me soutenir. »

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