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Etre patriote en Guinée : une posture que certains accaparent immoralement de nos jours (Par Mamadou Oury Diallo)

Etre patriote en Guinée : une posture que certains accaparent immoralement de nos jours (Par Mamadou Oury Diallo)

Certains de nos compatriotes, ayant vécu hier ou vivant aujourd’hui accrochés aux mamelles du trésor public, pensent qu’avoir servi, ou être actif dans l’administration publique, à des fonctions surtout dites « juteuses », ou trônant à la tête d’institutions républicaines, reste l’unique baromètre pour juger du patriotisme d’un citoyen.


En effet, depuis que je regarde notre société, scrute son fonctionnement, écoute les récits, construits autour des hommes et femmes qui se targuent d’avoir servi loyalement la République, il ressort toujours que ces républicains et patriotes surfaits, fabriqués par le confort de leurs fonctions publiques et surtout forts des avantages qu’ils y tirent, s’attribuent le monopole du patriotisme et de la loyauté à la République.

Reléguant ainsi d’autres à des positions de non-conformistes, d’antirépublicains ou même d’anti-esprit. Quel raccourci, quelle paresse !!!

Alors non, il n’est pas nécessaire d’être un dirigeant public pour servir la République, et se sentir patriote. Servir la République peut prendre de nombreuses formes, allant de l’exercice d’un mandat électif ou d’une fonction exécutive et administrative, à l’engagement dans la vie associative, en passant par le respect des lois et le paiement des impôts.

Servir la République, sans être un dirigeant public, c’est aussi s’informer sur les affaires publiques, tout en participant aux débats démocratiques à des fins d’éveil des consciences.

S’investir dans des associations qui œuvrent pour l’intérêt général, que ce soit dans le domaine social, culturel, environnemental, etc.

Exercer son métier avec rigueur et honnêteté, en respectant les règles et les valeurs de la République.
Obéir aux lois et aux règlements et participer à leur respect.

Être attentif aux autres, faire preuve de solidarité et agir dans l’intérêt général.
En résumé, servir la République est une attitude, un engagement qui peut s’exprimer de multiples façons, au-delà des responsabilités politiques.

Mais dans une atmosphère générale, généralisée et contagieuse où la mondanité, l’artifice, l’épicurisme, le bruit, la flagornerie, le culte extrême de la personnalité redeviennent le schéma directeur de la conduite de notre société, il est de temps en temps nécessaire de rappeler à notre mémoire collective, de plus en plus fracturée et enjouée par les déviances de notre époque, les valeurs, les véritables, qui font une société du travail reconnu, de l’aîné, de l’ancien écouté et respecté, de la morale certes pas comme un droit positif et contraignant, mais comme un repère, et de l’attachement à la république tel un sacerdoce.

Trop facilement de nos jours, les plus bruyants et moins exemplaires sont hissés et placés sur un piédestal que seuls les plus vertueux, compétents et méritants devraient logiquement occuper.

Pourtant, aussi paradoxale et incompréhensible que cela puisse l’être, nous continuons à cultiver ces valeurs dans nos écoles, à les inculquer aux futures générations comme à nous, on les a inculquées.
Et pourtant, nous continuons à écrire en grandes lettres et en bonne place dans nos textes de lois, nos constitutions, les mêmes principes, les mêmes règles, les mêmes valeurs comme référentiel de conduite.

N’est-ce pas là symptomatique d’une société qui se ment à elle-même, porte un masque pour manipuler et trahir ses propres enfants ?

Cette analyse épistémologique de notre société et ses méthodes, qui se veut moderne, pourtant marquée par un certain dysfonctionnement tout à l’antipode de cet idéal commun, est une interpellation renouvelée vers ce que j’ai constamment appelé « une catharsis générale ».

Car on a beau maquiller les choses, fermer les yeux, s’enivrer de notre toute-puissance en ignorant les cris de cœur, masquant ce qui devrait être, pensant que tout ceci deviendra comme par enchantement une nouvelle norme, un nouveau standard ; sauf que l’anormal ne s’aurait se normaliser indéfiniment, le naturellement laid ne saurait devenir beau sans artifice.

Or l’artifice s’effrite à l’épreuve du temps.
Donc, le mensonge ne s’aurait constamment masquer la vérité brutale.

Aux adeptes de cette tendance du patriotisme clinquant et décrétale, qui par les leviers de la diabolisation de l’autre, ont réussi à convaincre le décideur en chef, qu’eux seuls lui sont loyaux et fidèles à la république et à ses exigences, le jour viendra où il s’élèvera au-dessus de vos manèges, de votre écran de fumée, de votre hypnose, et croisera le chemin de véritables gens au service de la république depuis toujours, bénévolement, dans l’anonymat, dans l’indifférence, et même dans la souffrance.

Ces gens-là, ce sont des enseignants qui portent le sacerdoce de transmettre le savoir à la future génération pour laquelle l’élite gouvernante dit pourtant travailler. C’est par exemple ce jeune enseignant au fin fond de la Guinée, dont la vidéo a récemment fait tilt sur la toile, cet enseignant qui a raconté au monde entier le périlleux et long trajet fait notamment de falaises qu’il parcourt pour rallier l’école où il enseigne. Ce sont ces fonctionnaires ordinaires qui doivent se battre pour être à temps à leurs postes de travail tous les matins, sans pourtant pouvoir se plaindre du manque de transport public.

Ces médecins du service public en manque d’équipements élémentaires de soins, d’un cadre approprié de travail, et pourtant font face à l’état des patients chaque jour dans nos hôpitaux. Ces policiers sous-payés et mal vêtus qui affrontent le soleil, la pluie et les citoyens indélicats tous les jours dans leur univers qui est la circulation, pour y instaurer ou maintenir la discipline et l’ordre.

Ce sont ces hommes et femmes de rang, de troupes, et du treillis qui au risque de leur vie, patrouillent et veillent jour et nuit à nos frontières pour la sécurité de notre territoire national.

Ce sont ces chefs d’entreprises qui donnent à des milliers de jeunes diplômés guinéens, la chance d’avoir leurs premiers stages ou leurs premiers emplois sans tambours battants, sans népotisme, même si au bout, ils y tirent une plus-value inhérente à la vie d’une entreprise privée.

Ce sont ces sages, ces anciens, sans salaires ni avantages, à l’abris des projecteurs, dans le secret de leurs vestibules, de leurs arbres à palabres, de leurs maisons, éteignent les feux, des foyers de tensions pour sauvegarder la paix dans la cité.

Ce sont ces hommes et femmes de médias, essuyant mépris, injures, railleries, et même violences, qui vont à la chasse de l’information pour la mettre à la disposition des citoyens pour éviter qu’ils soient en proie aux intox, infox, rumeurs, qui vont tendre leurs micros aux citoyens qui souffrent, afin qu’ils s’adressent au décideur en chef, qui investiguent pour éclairer l’opinion sur la gestion des deniers public, mais à qui l’on demande de rester toujours misérables au nom de la noblesse de leur métier,… Bref, les exemples de ces Guinéennes et Guinéens qui servent authentiquement et tout aussi utilement la République, sans se plaindre et dans l’anonymat, sont légion.

Plus tôt on se rendra à l’évidence qu’il faille véritablement fonctionner à la normale, mieux, notre société se portera.

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